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Lérins, le calme avant la tempête

Nous quittons Toulon pour rejoindre l’île Saint Honorat et l’abbaye de Lérins. Avant de quitter la France, nous allons passer 48 heures au rythme des moines. Curieuse mise en jambe d’une vie nomade que de se frotter à la vie on ne peut plus organisée d’un monastère!

Sur l’île, nous sommes invités et accueillis pour deux jours par le frère Cyprien qui a eu vent de notre projet. Malgré nos nombreux passages sur l’île, nous n’avons jamais eu l’occasion de rencontrer ce frère qui de prime abord semble assez timide et sur la réserve. Il nous faut tendre l’oreille pour l’entendre.

C’est sur cette île que, quelques années plus tôt, nous avions fait le choix de nous marier. Nous disons à frère Cyprien que cette île représente un petit paradis pour nous. Il rétorque, avec son accent italien: « Mais nous, les frères, ne sommes pas en vacances! » Nous lui demandons quel est son paradis : « Chez moi! Le Piémont! » Cyprien a troqué le noir et le blanc de la Juventus pour ceux des cisterciens…

Frère Cyprien est engagé dans le Dialogue interreligieux monastique (DIM, rien à voir avec une marque de sous-vêtements). Nous lui exprimons notre étonnement : quel intérêt pour une communauté monastique de s’engager dans le dialogue interreligieux ? Sa réponse, très structurée, tient en trois points :

– par le travail de connaissance et d’estime de la foi des autres à travers l’étude de leur histoire culturelle, religieuse et des textes sacrés;

– par l’hospitalité, « chemin de la vérité » (Louis Massignon);

– par l’échange spirituel. Cette expérience se vit à travers le partage du quotidien dans les monastères des uns et des autres, par la prière, le travail et le silence.

Frère Cyprien insiste sur l’importance du silence et de l’intériorité. Evidence aisée à comprendre lorsqu’il s’agit de moines cisterciens ayant fait profes. Mais moment étonnant à vivre lorsqu’une cinquantaine de retraitants mélangés aux moines regardent religieusement et silencieusement sur un écran géant trente mastodontes en shorts se disputer un ballon ovale. Nous regardons les dernières minutes de la finale de la Coupe du monde de rugby. Le silence aurait-il été violé si les bleus, pour une fois en blanc, l’avaient emporté sur les noirs? Nous ne le saurons jamais. La salle se vide alors que sur l’écran les Néo-zélandais expriment leur joie d’avoir, enfin, remporté leur coupe du monde…

Dans l’entretien que frère Cyprien nous accorde, il raconte l’anecdote suivante : « Deux moines zen ont passé quinze jours dans la communauté. Au moment de repartir, l’un d’eux me demanda ce que signfiait la petite croix en bois pendant à mon cou. L’inspiration m’est venue, soudaine et inattendue: « c’est le signe de l’amour de Dieu pour les hommes! » Pouvait-on être plus simple et direct? La question, à l’insu même du moine zen qui la posait, répondait ainsi tout à la fois à sa belle curiosité et, d’une certaine manière, m’évangélisait en m’obligeant à reformuler l’essentiel de ma foi. Comment ne pas voir dans la rencontre avec l’autre croyant la chance d’être renvoyé à sa propre foi et, par là, devenir un appel permanent à la conversion personnelle ? Bref, appelé à devenir, en vérité, ce que je professe! »

Nous quittons l’île dans la tempête avec le premier bateau matinal. Nous espérons trouver meilleur temps en Italie que nous allons parcourir pour rejoindre Assise, notre point de départ officiel ! Nous quittons donc le silence lérinois. L’Italie puis le Maghreb nous attendent. Quelque chose nous dit que ce silence nous manquera…

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Discussion

Une réflexion sur “Lérins, le calme avant la tempête

  1. Chers amis, Anne Laure et Frédéric,

    merci pour votre journal de voyage que je retrouve au retour de Cannes, où dimache 13 novembre, j’ai participé au 1er Festival ‘Vivre Ensemble’ événement à la fois interreligieux et festif organisé par les communautés chrétiennes, juives, musulmanes et bouddhistes de la région. Une première pour Cannes habitué à d’autres genres de festival…
    Hier, sous un soleil éblouissant, on défilé sur la Croisette plus de 1000 (!) personnes main dans la main:du jamais vu en ville…En moins de 3 moins une équipe de 😯 bénévolés a organisé, sans se ménager, un événement important. Puis témoignages, chants diaporamas ont régalé les participants d’un si riche programme! Cela montre comment cette rencontre répondait à une attente positive et l’ambiance était, en fait, excellente: besoin de gratuité partagée, échange de dons. Ce sont les petites choses qui rendent belle la vie!
    Bonne route à vous! Amitié frère Marie-Cyprien

    Publié par frère Marie-Cyprien | 15 novembre 2011, 15:24

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