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Rencontre avec le P. Miguel Ayuso, directeur de l’Institut pontifical d’études islamiques (Pisai)

« Il faut faire le pas de la connaissance de l’autre »

Le père Miguel Ayuso est espagnol et membre de la congrégation des Missionnaires comboniens. Arrivé à l’Institut pontifical d’études islamiques (Pisai) comme professeur invité, il y est resté comme directeur. Il avait déjà fréquenté ces murs en tant qu’étudiant avant de partir vingt ans en Egypte et au Soudan. Cet homme doux et affable nous reçoit dans son bureau de Trastevere…
Vous êtes le directeur du Pisai depuis cinq ans, après avoir été le directeur des études. Quel est son rôle ?

Notre Institut pontifical n’est ni un centre de langue, ni un centre islamique. La finalité est l’étude objective qui vise à éduquer des jeunes. Nos étudiants deviendront promoteurs du dialogue islamo-chrétien. Nous avons un centre de recherches avec une bibliothèque avec 35 000 ouvrages et 450 titres de revues islamologiques. Des chercheurs viennent de partout pour faire des recherches. Le troisième pilier de notre Institut est les publications pour promouvoir la connaissance mutuelle avec les musulmans.

Combien d’étudiants fréquentent le Pisai?

Avec ceux qui font le doctorat, il y a autour de 70 étudiants, de différentes nationalités: Europe, Afrique, Asie. Il y a environ 25 professeurs, la plupart invités. Parmi eux, il y en a venant de pays arabophones (Syrie, Irak). Deux professeurs sont musulmans.
La voie royale, c’est l’étude de la langue arabe. C’est en connaissant la langue que nous pouvons entrer dans une connaissance du monde de l’islam. La troisième année, les cours sont en arabe. Les chercheurs trouvent les meilleures dispositions dans notre Institut pour leur travail en islamologie, sur la langue arabe…
Nous avons un protocole de collaboration avec le centre Dar Comboni qui se trouve au Caire, à Zamalek. Nos étudiants font une année en Egypte avant de venir faire leurs deuxième et troisième années.au Pisai.  D’autres, souvent des missionnaires, continuent leur formation en terre musulmane.

Vous sentez une différence de mentalité entre un étudiant qui arive et un étudiant qui ressort du Pisai?

Evidemment ! 80% ont la capacité de se débrouiller dans la langue arabe. Quand ils vont à la rencontre des autorités musulmanes, ils montrent qu’ils savent. J’étais récemment à Kuala Lumpur en Malaisie avec un ancien élève du Pisai. Il rend des services à la conférence épiscopale pour le dialogue. Il m’a accompagné dans les visites des autorités. Il est en contact avec les centres islamiques. C’est très important.

Vous parlez de la Malaisie, le centre du monde musulman n’est pas dans les pays arabes mais en Asie…
Miguel Ayuso

La réalité de l’islam, ce sont des principes essentiels de la foi au niveau du credo et du culte, communs pour la communauté. Ils sont tous membres de l’oumma même si les chiites ont quelques particularités. Mais, en même temps, il y a des différences. c’est la richesse et la variété de l’islam enraciné dans différentes cultures. Les pessimistes y voient des divisions, les optimistes y voient des richesses. La variété culturelle d’un islam persan, turc, africain, ou indonésien est réel même si l’aspect historique de l’islam arabe est prégnant.
Il est important de faire connaître un islam enraciné dans des réalités locales. En Malaisie, ou en Indonésie, ils sont basés sur des questions sociales. En Indonésie, ils ont la constitution, la pancazilla, des principes essentiels pour la dignité humaine, le progrès, la lutte contre la pauvreté, le soutien de la femme. En Malaisie, il ya la même chose dans l’islam harrari. C’est une richesse qui existe. Ici, en Occident, on ne voit que le Moyen-Orient, le terrorisme et le conflit israélo-palestinien. C’est vrai, c’est là et ça pose des problèmes. Mais l’islam est une réalité bien plus vaste.

L’islamophobie prend de l’importance, notamment chez les chrétiens. Comment le vivez-vous?

C’est vrai et c’est la conséquence d’une désinformation. Les gens ne sont pas informés. Il suffit d’avoir trois, quatre titres de journaux qui parlent contre les musulmans. Si les gens en Occident recevaient une information objective et réelle de tout ce qui se passe faisant la distinction entre ce qu’est l’islamisme militant et terroriste et ce que sont l’islam et les musulmans, nos concitoyens seraient un peu plus optimistes. La négativité est la conséquence d’une information injuste qui est à la racine d’une islamophobie qui se crée dans les communautés par peur.

Avez-vous l’impression d’une islamophobie au sein même du pouvoir ecclésiastique?

En Malaisie, j’ai rencontré les membres du centre d’études islamiques avancées, un centre très reconnu et remarquable. Ils m’ont manifesté, de façon très amicale: « Mon père, nous essayons, par des recherches très scientifiques, de présenter ce qu’est l’islam. Nous voyons cette islamophobie naître. On parle  contre l ‘islam, contre les musulmans sans avoir d’idées claires. » Ils se sentent un peu humiliés.
C’est un boomerang. On crée un esprit islamophobe. Et ça ne fait que créer un fondamentalisme chez nous. On devient chaque fois plus fermé dans nos communautés. Il y a désormais des signes chaque fois qu’il y a des élections ici et là… On trouve des fondamentalistes qui se prononcent contre les autres cultures, contre les autres religions. Cela pose des problèmes dans nos sociétés.

Avez-vous un rôle missionnaire?

Evidemment. Dans nos sociétés, nous avons besoin d’informer nos communautés et nos concitoyens de la multiculturalité. Lorsque j’ai l’occasion de faire des conférences, on me fait souvent la remarque: « En dialoguant avec les musulmans, vous ne faites que favoriser leur émergence en Europe. Ils vont islamiser l’Europe. » Je réponds toujours : « Vous êtes un peu trop soucieux des musulmans. »
Je suis originaire de Séville. Lorsque je m’y rends, on m’interpelle: « Et pourquoi des mosquées ? Pourquoi le voile ? Le crucifix dans les salles de classe… » Séville, par excellence, est une ville universelle. Je me retrouve avec des concitoyens sévillans qui refusent que les musulmans aient un lieu de culte. ça ne va pas! C’est dégoutant! Il faut trouver les moyens pour éduquer. A Milan, c’est la même chose. Beaucoup de Milanais résistent à la construction d’une mosquée. Il ya  des problèmes administratifs, certes. A ces problèmes administratifs, il y a des solutions juridiques à trouver…
Ce qui me préoccupe, c’est plus nos communautés et notre société. Il y a une déchristianisation et un sécularisme qui est la cause de beaucoup de nos maux et de nos problèmes. En tant que chrétien, si je vis ma foi, je dirai toujours, avec le psalmiste : « Le Seigneur est mon berger, je ne manque de rien. » Il ne faut pas être peureux. La peur est l’ennemi du dialogue. On a peur lorsqu’on ne connaît pas. Alors on critique l’autre, on se ferme, on devient imperméable. Lorsqu’on fait le pas de la connaissance de l’autre, c’est alors qu’on s’ouvre et qu’on voit qu’il n’y a rien à craindre. Aller à la rencontre de l’inconnu dans chaque être humain, la peur disparaît et on trouve une plateforme à partir de laquelle, sur le plan humain, spirituel, nous pouvons faire des projets.
L’islamophobie, la christianophobie, il faut trouver des moyens pour les vaincre. On a besoin des missionnaires. Il faut aller sur les routes, créer des ponts. Ce n’est pas simplement pour faire un blog mais pour trouver les moyens d’éduquer, à partir de ce blog. Il ne faut pas craindre!

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Discussion

2 réflexions sur “Rencontre avec le P. Miguel Ayuso, directeur de l’Institut pontifical d’études islamiques (Pisai)

  1. 35 000 ouvrages, 450 revues, 70 étudiants, 25 enseignants… je suis sure que tu as pensé une demie-seconde à nous Anne-Laure !
    Biz des BieNheuReux (récemment renommés R’n’B par MBa)
    😉
    Sandrine

    Publié par Sandrine | 13 novembre 2011, 16:07
  2. Merci, merci! Trop chouette! Je vous l’ai déjà dit, mais lire ce genre de choses fait tellement de bien!
    Bises,
    Clou

    Publié par Anne-Claire | 29 décembre 2011, 11:16

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