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A l’école de la différence

Nous avons donc rencontré José en Tunisie. Le provincial des Pères blancs pour l’Algérie et la Tunisie ne manque pas d’initiatives. En septembre dernier, il a créé, avec la confrérie soufie al-Alawyia, en Algérie; la première édition de "l’Ecole de la différence", qui a accueilli à Mostaganem une vingtaine de jeunes, chrétiens et musulmans. Il nous livre son sentiment sur cette première session. Sentiments partagés par Tewfik, de la tariqa al-alawyia qui nous a confié être déjà préoccupé par l’organisation de la deuxième édition.

"L’idée m’est venue en participant à une marche de carême au désert : les thèmes et l’ambiance étaient formidables ! Le cadre aussi : que l’Algérie est belle ! Une seule chose me chagrinait : j’aurais voulu partager une semaine aussi intense avec mes amis musulmans… Mais comment ? Quelle formule trouver ? Comment ne pas aller contre la loi du culte non-musulman ? Quel serait le thème ? J’avais de quoi laisser tomber… Quand je parlais de mon "rêve", les gens m’encourageaient: "Ce serait super !" disaient-ils. Alors je me suis mis à faire un cocktail: des jeux, quelques vidéo-débats, des invités, un peu de silence, des travaux pratiques, une fête finale…

Un jour que je croyais avoir la version définitive, j’ai pris contact avec la tariqa soufie al-alawiya. Ils ont tout de suite accepté et mis leur vaste centre de rencontres de Mostaganem à notre disposition. Je commence à en parler, d’abord, à mes amis. Petit à petit des personnes que je ne connaissais pas demandent à s’inscrire. Les jours avancent, les placent se remplissent. Ma tension artérielle monte…

Finalement nous étions 21 personnes, garçons et filles, musulmans et chrétiens, d’Europe, d’Afrique et d’Amérique Latine, à vivre cette expérience unique au Maghreb. L’arabe et le français étaient les deux langues "co-officielles" de cette Ecole.

Ecole de la différence : premier cru !

Un jour, j’ai proposé que l’on se range par ordre alphabétique. Les jeunes ont obtempéré rapidement. Mais je les ai arrêtés ! En ordre alphabétique, oui. Mais dans quelle langue ? Pourquoi ont-ils conclu que c’était en français ? Pourquoi pas en arabe ? Par la pointure des chaussures, par la couleur de la peau, par la taille, quels critères utilise-t-on pour organiser la société ? Avec des critères différents, les mêmes personnes, n’occuperont pas la même place dans la société. Toute la session s’est donc faite en français et en arabe. Je ne voulais pas que tout soit francophone. Il ne fallait pas qu’être arabophone corresponde forcément à être obscurantiste.

Mettre en valeur tout ce qui dans notre histoire personnelle et collective a été enrichi grâce aux apports des autres cultures, modes de penser, langues, croyances… et qui désormais font partie de moi. Se découvrir ainsi relié à l’autre et avec un patrimoine commun avec des cousins ignorés.

La différence selon Pocahontas

Notre manière de parler véhicule notre pensée sur les autres et brise les barrières ou vient les perpétuer. Comment parlent les filles des garçons ? Et les noirs des blancs ? Et les arabes des européens ? Et les littéraires des scientifiques ? Parler de l’autre, c’est donner des informations (vraies ou fausses) à ceux qui n’ont pas encore rencontré quelqu’un de différent. Un débat autour du film Pocahontas nous a aidé a en prendre davantage conscience. A un moment, les Indiens appellent les Anglais "sauvages" et les Anglais appellent les Indiens "sauvages". Comment parlons-nous les uns des autres ?

Nous avons également eu la chance de faire une visite guidée au grand jardin de la maison et à la pépinière de la tariqa. La confrérie est très impliquée dans l’écologie et a une campagne de reboisement, notamment autour de l’arganier. Nous avons compris pourquoi la diversité au sein de la nature est de plus en plus considérée comme une richesse menacée. La disparition de la biodiversité aura des conséquences désastreuses sur la vie humaine à moyen terme. Mais la diversité culturelle aussi est une richesse.

La différence religieuse est de plus en plus présentée comme source des conflits au XXIe siècle. Or, l’attachement à la foi ne produit pas nécessairement le fanatisme : il conduit aussi à la compassion, à la réconciliation, à la collaboration entre croyants, au désir de pardon, à la recherche d’un avenir commun. Nous avons étudié le cas de l’émir Abd el-Kader qui, après avoir combattu les français en Algérie, sauva 12000 chrétiens en Syrie. Nous avons été voir du côté des prises de position du cardinal Duval, évêque d’Alger durant la guerre d’Indépendance, mais intraitable avec les injustice et la torture.

A la rencontre de l’autre mais enraciné dans sa foi

Nous avons pris le temps de nous dire ce que chacun aime le plus dans sa religion… et dans celle de l’autre. Ces jeunes sont témoins de leur foi partout ! Un garçon chrétien disait : "J’aime beaucoup l’appel à la prière. Cela embête les gens parce que ça les réveille. Mais moi, j’aime ça. ça me rappelle que je dois prier. C’est bon pour mon hygiène de vie !" On ne cherchait pas à savoir qui avait raison, qui avait tort. Un autre a répondu : "Les chrétiens sont capables de rester en silence lorsqu’ils prient. Pas de geste, pas de mot, rien."

Lorsqu’un musulman demande "Comment tu pries ?", il veut savoir quelle est ta liturgie. Y a-t-il des ablutions ? Quels gestes, quelle position ? Lorsqu’un chrétien demande "Comment tu pries ?", il demande le contenu de la prière.

Les jeunes étaient très intéressés : "Explique-moi, mon père, pourquoi vous dites que Jésus est le fils de Dieu ?" Ils s’expliquaient les uns aux autres. Ce n’était peut-être pas très orthodoxe mais c’était du vécu. Les musulmans nous disaient : "C’est la première fois que nous prions garçons et filles ensemble."

Chacun a pu réfléchir sur sa propre identité, aux liens qui l’unissent à sa patrie, sa communauté religieuse, à ses amis, à sa famille… Impossible d’apporter quelque chose aux autres si soi-même n’est pas au clair avec son identité. Si bien que chaque communauté a besoin de pionniers. Rien de solide ne peut se construire en dehors de nos communautés d’origine…

A la fin de la semaine, nous avons pris le temps de faire une longue évaluation. Les jeunes ont témoigné des transformations vécues. Une amitié est née entre eux. Je ne m’y attendais pas, ou en tout cas, pas à ce point-là ! A la fin de la semaine, une fille musulmane disait : "Pourquoi on nous dit que les chrétiens sont des mécréants, des impies ? Ce n’est pas vrai !"

Quelques semaines après la rencontre, les jeunes ont témoigné de leur expérience à l’occasion de la journée d’Assise à Oran. Je vais réorganiser une semaine de la différence mais c’est purement égoïste : j’ai tellement reçu !" Une deuxième session est déjà en cours de préparation pour l’été prochain mais les places sont limitées !

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Discussion

2 réflexions sur “A l’école de la différence

  1. Une initiative passionante! On reçoit toujours beaucoup plus qu’on ne l’imaginait quand on s’immerge dans les liens humains et la vérité spirituelle et culturelle.
    Danièle

    Publié par soorbeek | 2 décembre 2011, 10:05
  2. Mon top 3 de vos articles de décembre : le Pisai, le Centre Cardinal-Bea, et celui-ci! Continuez, continuez, tout est en avant!
    Clou

    Publié par Anne-Claire | 29 décembre 2011, 11:20

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