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L’UFC : la voix qui crie dans le désert

Nous passons cinq jours à Dori, en compagnie de l’équipe de l’Union fraternelle des croyants. François-Paul Ramdé, le directeur et Matthieu Soubeiga, le responsable communication et plaidoyer nous font découvrir cette ONG qui nous séduit très vite.

La naissance de l’association n’est pas très heureuse puisqu’elle a pour cadre la famine qui a sévi au Sahel en 1969. Le père Lucien Bidaud alors en mission à Dori, reçoit de grandes quantités de vivres en secours. Afin de pouvoir les distribuer équitablement à la population, il réunit six dignitaires catholiques et six dignitaires musulmans … L’Union fraternelle des croyants est née.

Une fois la famine passée, l’UFC décide de continuer d’exister et de travailler à la prévention de telles catastrophes : « Sans dialogue, pas de paix, sans paix, pas de développement. » Depuis 42 ans, les deux branches de l’UFC oeuvrent au développement socio-économique des villes de Dori et de Gorom-Gorom, un peu plus au nord, à travers de nombreux projets.

Dans l’Assemblée générale de l’UFC, il y a 25 délégués musulmans et 25 délégués catholiques. Le conseil d’administration, 6 musulmans, 6 catholiques. Le Conseil met un bureau en place avec un président d’une confession et un vice-président de l’autre, et ainsi de suite pour tous les postes du bureau. Aujourd’hui, le président est catholique, le vice-président est musulman. Le trésorier, qui vient de décéder, était musulman, le vice-trésorier catholique.

En-dessous, François-Paul Ramdé a la charge de l’équipe technique qui fonctionne comme une ONG. Le personnel, aujourd’hui 25 personnes, est recrutée sur la base de ses compétences et non sur la base de leur appartenance religieuse. La seule contrainte est d’accepter la philosophie de l’organisation. Cette équipe anime les deux volets d’intervention : le volet spirituel, fondement de l’UFC (les 12 premiers musulmans et catholiques ont dû accepter de dialoguer) et le volet socio-économique (développement rural).

Dudal Jam, promotion du dialogue pour la paix

En 2005, Mgr Joachim Ouedraogo, évêque de Dori, fait le constat que les personnes investies dans l’UFC avaient un certain âge. La jeunesse n’était pas forcément investie ! En 2006, dix jeunes musulmans et dix jeunes catholiques se sont alors formés ensemble  à  Ouahigouya… A la restitution de cette semaine de formation, chacun était venu accompagné : ils étaient 40 ! De cette dynamique a été créée la cellule Jeunesse Lucien-Bidaud, en hommage au fondateur.

L’année dernière, pour symboliser l’union des deux communautés, les jeunes catholiques ont nettoyé la mosquée la veille de l’aïd el-kebir et, inversement, les jeunes musulmans ont nettoyé l’église la veille de la semaine sainte. Bel exemple de mise au service de l’autre !

Le centre Dudal Jam

Pour servir cet élan, l’UFC a décidé de créer le centre Dudal Jam (Foyer pour la paix en fufuldé, la langue des peuls). Une salle polyvalente, un terrain de football, un plateau omnisport aujourd’hui, un centre d’étude, une bibliothèque et un cybercafé demain ! L’objectif est d’avoir un lieu où les jeunes peuvent répondre à leurs besoins. C’est surtout un lieu de dialogue entre les religions où des activités sont régulièrement organisées : des sessions de formation pour jeunes musulmans et chrétiens qui viennent de divers lieux. Le premier stage a réuni les jeunes de Dori, Gorom-Gorom et des villages alentours. Chaque village était représenté par deux représentants, un chrétien et un musulman. Un stage national a ensuite regroupé des jeunes de Ouahigouyia, Bobo-Dioulasso, Kédougou, etc. Un stage international a accueilli des jeunes d’Italie, du Mali voisin…

Pour le volet socio-économique de développement, l’UFC propose des formations de tout genre (couture, mécanique, conduite : 80% des chauffeurs de taxi  de Dori sont passé par l’UFC). Mais l’association a aussi des centres sociaux, et des projets agricoles. Le plus remarquable est la cinquantaine de boulis maraîchers. Ces mares artificielles retiennent l’eau de pluie. Ainsi, les producteurs peuvent faire chaque année par exemple deux saisons de maïs,  même s’il ne pleut pas. Le produit le plus populaire ? La salade qui se renouvelle rapidement…

Une trentaine de maraichers ont leur parcelle de terrain autour du bouli.

François-Paul Ramdé nous explique : « Le problème du Sahel n’est pas le manque d’eau mais la maîtrise de l’eau et la valorisation des sols. Il nous faut des outils pour collecter l’eau. » Le Burkina Faso est pourtant bien pourvu en barrages, mais « il y a un problème de valorisation ». « Ces barrages sont des infrastructures gigantesques et personne ne se les approprie (…) Quand il y a une dégradation (sur le bouli), les maraîchers oeuvrent ensemble pour les réparations parce que le bouli est leur outil ».

Si les réalisations sont déjà nombreuses et remarquables, les défis ne manquent pas pour l’Union fraternelle des croyants : l’objectif à terme est d’ouvrir d’autres cellules Dudal Jam dans l’ensemble du Burkina Faso. Le grand enjeu d’aujourd’hui, et pour lequel lutte l’UFC, est pour François-Paul Ramdé « l’alphabétisation« . « Moins les gens sont ignorants, plus il est difficile de leur faire croire n’importe quoi, et notamment la peur du voisin », nous dit-il. L’intégrisme religieux repose souvent sur l’ignorance…

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Discussion

2 réflexions sur “L’UFC : la voix qui crie dans le désert

  1. merci Fred&Anni pour vos efforts

    Publié par Mathieu | 5 janvier 2012, 16:35

Rétroliens/Pings

  1. Pingback: Faithbook Tour 2012 - 24 février 2013

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