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A Tahrir, « Muslim masihi, id wahda » : « Musulmans et chrétiens : une seule main »

« Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde », invitait Gandhi. Dans cette traditionnelle période de voeux, c’est ce que nous vous souhaitons, amis lecteurs. Les personnes que nous rencontrons depuis notre départ de Lille, voici trois mois, sont des gens de cette trempe, des gens qui font avancer le monde, à leur mesure et à leur manière. Et qui croient profondément qu’il faut « se rassembler et non se ressembler ». Puisse cette nouvelle année faire de nous des bâtisseurs de passerelles !

Nous posons nos valises pour trois semaines en Egypte. C’est Noël et nous retrouvons les parents de Frédéric. Après quelques temps de repos et de tourisme, pour voir les merveilles historiques et culturelles que ce pays offre (plus de 40 siècles d’histoire !), nous reprenons notre bâton de pélerins.

L’une de nos premières rencontres est avec Mgr Michael Fitzgerald qui nous reçoit pour déjeuner à l’aube de cette nouvelle année. Le nonce apostolique (l’ambassadeur du Vatican) a longtemps été à la commission pontificale pour le dialogue interreligieux, d’abord comme secrétaire et ensuite comme président. C’est un expert du dialogue qui nous reçoit, mais aussi un homme plein de simplicité et d’humilité, sensible autant qu’intelligent (ou l’inverse).  Son invitation est limpide : « Soyez des porteurs d’espérance ! Pas de positivisme ni de naïveté mais de l’espérance. L’espérance est une vertu qui se travaille. »

L’Egypte est un pays étrange, difficile à saisir. Le Caire est une gigantesque fourmilière. Les Cairotes se croisent, crachent, claxonnent, crient, marchent… La vie est ici incessante et le repos une denrée rare. Pas étonnant de voir des hommes s’asseoir et somnoler sur un coin de trottoir… La  ville ne cesse de grandir et beaucoup de promoteurs immobiliers profitent du flou administratif qui règnent en Egypte depuis un an pour construire des immeubles qui poussent comme des champignons et mettre les autorités devant le fait accompli. Les embouteillages emportent tout et surtout le temps. Avoir deux rendez-vous hors de chez soi dans la journée, c’est à coup sûr au minimum trois heures dans les transports !

Dans cette folie quotidienne, nous  rencontrons des acteurs de changement qui jouent un rôle de première importance dans cette période de transition : des activistes de la place Tahrir, des religieux, des intellectuels, parfois les trois à la fois !

La révolution du 25 janvier 2011 a été un moment de fraternité nationale, supracommunautaire et les festivités du Nouvel An sur la place Tahrir l’ont une nouvelle fois prouvé : les photos des martyrs tombés lors des 18 jours de la révolution en janvier et février, ou au cours d’affrontements meurtriers entre forces de l’ordre et manifestants ces derniers mois, étaient brandies dans un esprit de recueillement où chants religieux (chrétiens et musulmans) se mêlaient aux hymnes révolutionnaires, à la lueur des bougies. « Muslim masihi, id wahda » : « Musulmans et chrétiens : une seule main » est l’un des nombreux slogans qui ont été repris sur la place Tahrir.

Voici les extraits d’un article d’Al-Arham Hebdo1 du 4 janvier 2012 :

« A deux pas de Tahrir, une autre célébration se déroulait à l’église évangélique Qasr al-Dobara, qui s’est intimement liée à la révolution depuis qu’elle a ouvert ses portes pour accueillir et soigner les manifestants blessés lors des affrontements avec les forces de l’ordre (…).
Dans la cour de l’église, un écran géant a été installé pour les fidèles occupant la rue principale. Malgré l’absence des policiers, la célébration s’est déroulée dans le calme. Beaucoup de musulmans, à l’intérieur et à l’extérieur de l’église ont choisi de participer à la fête, brandissant des drapeaux et fredonnant les chants avec leurs concitoyens chrétiens. (…)
Malgré les menaces envoyées par des salafistes à travers Facebook et Twitter aux musulmans pour les dissuader de « participer à la célébration des chrétiens », beaucoup de musulmans s’étaient mêlés aux fidèles à l’intérieur et devant l’église.
Une fois la célébration religieuse achevée, la chorale et les  fidèles de Qasr al-Dobara ont organisé une marche collective vers Tahrir où ils devaient rejoindre les révolutionnaires. Les chansons patriotiques de Azza Balbae et de Rami Sabri, deux icônes de la révolution, s’y mêlaient déjà aux chants religieux musulmans et chrétiens.
Vers minuit et demi, la célébration qui touchait à sa fin s’est terminée sur les airs de la chanson qui s’est étendue de Tahrir à Qasr al-Dobara : « Bénissez mon pays. » (May  Atta, Al-Ahram Hebdo).

1. Cet hebdomadaire égyptien en français est d’excellente facture et on peut retrouver ses articles sur leur site Internet : hebdo.ahram.org.eg

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