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ALFred

ALFred a écrit 35 articles de Faithbook

A l’école de la différence

Nous avons donc rencontré José en Tunisie. Le provincial des Pères blancs pour l’Algérie et la Tunisie ne manque pas d’initiatives. En septembre dernier, il a créé, avec la confrérie soufie al-Alawyia, en Algérie; la première édition de « l’Ecole de la différence », qui a accueilli à Mostaganem une vingtaine de jeunes, chrétiens et musulmans. Il nous livre son sentiment sur cette première session. Sentiments partagés par Tewfik, de la tariqa al-alawyia qui nous a confié être déjà préoccupé par l’organisation de la deuxième édition.

« L’idée m’est venue en participant à une marche de carême au désert : les thèmes et l’ambiance étaient formidables ! Le cadre aussi : que l’Algérie est belle ! Une seule chose me chagrinait : j’aurais voulu partager une semaine aussi intense avec mes amis musulmans… Mais comment ? Quelle formule trouver ? Comment ne pas aller contre la loi du culte non-musulman ? Quel serait le thème ? J’avais de quoi laisser tomber… Quand je parlais de mon « rêve », les gens m’encourageaient: « Ce serait super ! » disaient-ils. Alors je me suis mis à faire un cocktail: des jeux, quelques vidéo-débats, des invités, un peu de silence, des travaux pratiques, une fête finale…

Un jour que je croyais avoir la version définitive, j’ai pris contact avec la tariqa soufie al-alawiya. Ils ont tout de suite accepté et mis leur vaste centre de rencontres de Mostaganem à notre disposition. Je commence à en parler, d’abord, à mes amis. Petit à petit des personnes que je ne connaissais pas demandent à s’inscrire. Les jours avancent, les placent se remplissent. Ma tension artérielle monte…

Finalement nous étions 21 personnes, garçons et filles, musulmans et chrétiens, d’Europe, d’Afrique et d’Amérique Latine, à vivre cette expérience unique au Maghreb. L’arabe et le français étaient les deux langues « co-officielles » de cette Ecole.

Ecole de la différence : premier cru !

Un jour, j’ai proposé que l’on se range par ordre alphabétique. Les jeunes ont obtempéré rapidement. Mais je les ai arrêtés ! En ordre alphabétique, oui. Mais dans quelle langue ? Pourquoi ont-ils conclu que c’était en français ? Pourquoi pas en arabe ? Par la pointure des chaussures, par la couleur de la peau, par la taille, quels critères utilise-t-on pour organiser la société ? Avec des critères différents, les mêmes personnes, n’occuperont pas la même place dans la société. Toute la session s’est donc faite en français et en arabe. Je ne voulais pas que tout soit francophone. Il ne fallait pas qu’être arabophone corresponde forcément à être obscurantiste.

Mettre en valeur tout ce qui dans notre histoire personnelle et collective a été enrichi grâce aux apports des autres cultures, modes de penser, langues, croyances… et qui désormais font partie de moi. Se découvrir ainsi relié à l’autre et avec un patrimoine commun avec des cousins ignorés.

La différence selon Pocahontas

Notre manière de parler véhicule notre pensée sur les autres et brise les barrières ou vient les perpétuer. Comment parlent les filles des garçons ? Et les noirs des blancs ? Et les arabes des européens ? Et les littéraires des scientifiques ? Parler de l’autre, c’est donner des informations (vraies ou fausses) à ceux qui n’ont pas encore rencontré quelqu’un de différent. Un débat autour du film Pocahontas nous a aidé a en prendre davantage conscience. A un moment, les Indiens appellent les Anglais « sauvages » et les Anglais appellent les Indiens « sauvages ». Comment parlons-nous les uns des autres ?

Nous avons également eu la chance de faire une visite guidée au grand jardin de la maison et à la pépinière de la tariqa. La confrérie est très impliquée dans l’écologie et a une campagne de reboisement, notamment autour de l’arganier. Nous avons compris pourquoi la diversité au sein de la nature est de plus en plus considérée comme une richesse menacée. La disparition de la biodiversité aura des conséquences désastreuses sur la vie humaine à moyen terme. Mais la diversité culturelle aussi est une richesse.

La différence religieuse est de plus en plus présentée comme source des conflits au XXIe siècle. Or, l’attachement à la foi ne produit pas nécessairement le fanatisme : il conduit aussi à la compassion, à la réconciliation, à la collaboration entre croyants, au désir de pardon, à la recherche d’un avenir commun. Nous avons étudié le cas de l’émir Abd el-Kader qui, après avoir combattu les français en Algérie, sauva 12000 chrétiens en Syrie. Nous avons été voir du côté des prises de position du cardinal Duval, évêque d’Alger durant la guerre d’Indépendance, mais intraitable avec les injustice et la torture.

A la rencontre de l’autre mais enraciné dans sa foi

Nous avons pris le temps de nous dire ce que chacun aime le plus dans sa religion… et dans celle de l’autre. Ces jeunes sont témoins de leur foi partout ! Un garçon chrétien disait : « J’aime beaucoup l’appel à la prière. Cela embête les gens parce que ça les réveille. Mais moi, j’aime ça. ça me rappelle que je dois prier. C’est bon pour mon hygiène de vie ! » On ne cherchait pas à savoir qui avait raison, qui avait tort. Un autre a répondu : « Les chrétiens sont capables de rester en silence lorsqu’ils prient. Pas de geste, pas de mot, rien. »

Lorsqu’un musulman demande « Comment tu pries ? », il veut savoir quelle est ta liturgie. Y a-t-il des ablutions ? Quels gestes, quelle position ? Lorsqu’un chrétien demande « Comment tu pries ? », il demande le contenu de la prière.

Les jeunes étaient très intéressés : « Explique-moi, mon père, pourquoi vous dites que Jésus est le fils de Dieu ? » Ils s’expliquaient les uns aux autres. Ce n’était peut-être pas très orthodoxe mais c’était du vécu. Les musulmans nous disaient : « C’est la première fois que nous prions garçons et filles ensemble. »

Chacun a pu réfléchir sur sa propre identité, aux liens qui l’unissent à sa patrie, sa communauté religieuse, à ses amis, à sa famille… Impossible d’apporter quelque chose aux autres si soi-même n’est pas au clair avec son identité. Si bien que chaque communauté a besoin de pionniers. Rien de solide ne peut se construire en dehors de nos communautés d’origine…

A la fin de la semaine, nous avons pris le temps de faire une longue évaluation. Les jeunes ont témoigné des transformations vécues. Une amitié est née entre eux. Je ne m’y attendais pas, ou en tout cas, pas à ce point-là ! A la fin de la semaine, une fille musulmane disait : « Pourquoi on nous dit que les chrétiens sont des mécréants, des impies ? Ce n’est pas vrai ! »

Quelques semaines après la rencontre, les jeunes ont témoigné de leur expérience à l’occasion de la journée d’Assise à Oran. Je vais réorganiser une semaine de la différence mais c’est purement égoïste : j’ai tellement reçu ! » Une deuxième session est déjà en cours de préparation pour l’été prochain mais les places sont limitées !

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Entre prothèses dentaires et livres d’hémato…

Nous devenons spécialistes des bibliothèques ! Sur conseil de nos amies tunisiennes, Anne-Elisabeth et Anne-Thérèse, nous contactons Cécile et Thibault, volontaires DCC eux aussi, installés à Alger depuis quelques mois. Nous faisons connaissance autour d’un repas chez eux. Une pluie battante tombe sur la capitale et notre rendez-vous de l’après-midi à l’autre bout de la ville tombe littéralement à l’eau. Cécile nous propose alors de l’accompagner à son travail, au « CCU de médecine ». Trois centres culturels universitaires (CCU) mettent à disposition des étu diants des universités d’Alger plusieurs milliers d’ouvrages et de revues. Chacun a sa spécialité : médecine, biologie, pharmacie ; philosophie et psychologie ; ingénieurs et techniques. Cécile, sage-femme en France devient ici bibliothécaire spécialisée en médecine. C’est une petit famille que nous trouvons là ! Yasmine, Tareq, Asma, Geane, Myriam, Nadia entourent Cécile qui est venue avec Basile, son petit garçon de cinq mois. L’enfant passe des bras de l’un à l’autre aisément… La pluie battante a découragé la plupart des habitués et Nadia en profite pour aller chercher quelques gâteaux et du thé que nous partageons. Difficile de distinguer qui est étudiant de qui travaille ici. Au total, ce sont 3 000 étudiants qui sont inscrits au Centre culturel universitaire de médecine !

Etudiants, employés et visiteurs du CCU mêlés...

Sans le savoir, Cécile nous a emmenés dans l’un de ses lieux que nous cherchons : un projet qui réunit des croyants de confessions différentes engagés pour une même cause. Nadia et Asma sont avec Cécile et Geane au service des étudiants en médecine d’Alger. Pas question ici de voile ou de croix mais de prothèse dentaire et d’hématologie ! Le CCU fonctionne comme un laboratoire de motivation permanente pour des jeunes rapidement découragés face à une sélection que nous qualifierons pudiquement d’étrangement aléatoire. Nous y puissions quelques bonnes ondes et continuont nos rencontres algéroises !

Nos hôtes

Au coeur de la médina tunisoise

Aux 25 heures de bateau, nous privilégions finalement l’heure d’avion pour rejoindre Tunis depuis Rome. Moins mythique, certes, mais plus pratique et, finalement, moins cher…

 

A Tunis, rien ne bouge. On entend le vent s’engouffrer dans la grande avenue Bourguiba, emportant avec lui les quelques feuilles mortes de rigueur en ce début novembre… Tout est calme. C’est l’Aïd el-Kebir et tous les Tunisiens sont en famille pour la fête du mouton. Il est dimanche soir et il nous est difficile de trouver de quoi nous sustenter. Le seul moment de notre dizaine de jours tunisiens où nous aurons le temps de nous ennuyer. Nous constaterons rapidement le rythme habituel de la capitale, frénétique, fourmilleuse, énergique…

A peine le temps de poser nos valises à la maison diocésaine que déjà nous avons rendez-vous avec José Maria Cantal Rivas, supérieur des Missionnaires d’Afrique, plus connus sous le nom de Pères blancs, pour l’Algérie et la Tunisie.

Un peu d'Espagne, un peu d'Algérie, un peu de Tunisie. Beaucoup de José Maria !

José Maria avait lu un article sur notre projet et nous avait contactés pour nous faire venir au Maghreb. Rendez-vous était donc pris. Si la bonté habite à Rome, avec José, nous avons rencontré l’humour à Tunis. Ce savant mélange entre Mafalda et Tao (dans les Cités d’Or) est espagnol. Avec des grands gestes et forces mimiques, il parle l’arabe, le français. Pour l’espagnol, nous lui laissons le bénéfice du doute… C’est un ange gardien sur notre route. Il nous introduit un peu partout dans l’Eglise locale, avec le concours également de Mgr Maroun Lahham, archevêque de Tunis.

Encore des chrétiens nous direz-vous ? Dans un pays à 98% musulman, pour constater l’état des relations entre croyants, il nous faut nous diriger vers les minorités… La plus grande minorité religieuse tunisienne sont donc les chrétiens qui se comptent en quelques dizaines de milliers. On compte environ 2000 juifs, dont la majorité se trouve sur l’île de Djerba.
Comme dans beaucoup de parties du monde, des églises protestantes sont plus prosélytes et recrutent. Nous en ferons le constat. Entrés pendant un culte, nous constaterons que deux  personnes sur trois était, comme dans toute Eglise africaine, d’origine subsaharienne. Mais le reste était ici composé de maghrébins convertis. Chose impensable dans un culte catholique…

L’Eglise catholique est plus dans la coopération (ou ce que la majorité préfère appeler la « présence ») et ce notamment à travers deux types d’établissements : les écoles et les bibliothèques. Les deux bibliothèques, l’Institut des belles lettres arabes (Ibla) et la bibliothèque diocésaine de Tunis, nous redonnent conscience de la valeur des livres. Bon, Anne-Laure en était peut-être déjà plus consciente que Fred. Mais ici à Tunis, les livres sont une denrée précieuse, surtout pour les chercheurs. Chacune à sa spécificité. Nous y reviendrons.

Pour l’heure, nous continuons nos pérégrinations tunisoises. Nous sympathisons avec des Tunisiens, des Burkinabé, un Anglais, des Français, des Espagnols, un Belge, des Burundais, des Italiens (Vittoria et Stefano nous hébergerons quelques jours)… Abderrazak, John, Léonce, Aloysius, Moïse, Jérémie, Paco, Marc, Monique, Karima, Leïla…
Nous déjeunons chez Paco, un jeune prêtre tunisois et espagnol de 78 ans, présent dans le pays depuis 1954. Le déjeuner est sympa, le monde s’est donné rendez-vous autour d’un couscous purement tunisien. Nous rencontrons Anne-Thérèse, une jeune volontaire de la Délégation catholique pour la coopération. Anne-Thérèse et Anne-Laure se dévisagent. Elles se sont déjà vues quelque part mais où ? En recoupant les parcours de chacune, la source est trouvée : les Journées mondiales de la Jeunesse à Toronto, en 2002. Les deux étaient parties avec le même groupe dijonnais. Canada 2002, Tunisie 2011. Qui sait, la prochaine fois, ce sera finalement en France qu’elles se retrouveront ? Mais nous n’attendrons pas neuf ans.

Alphabétisation

Zazu donne des cours de français à des femmes tunisiennes.

Anne-Thérèse nous propose d’assister à un cours d’alphabétisation qu’elle assure avec quelques autres. Rendez-vous est donc pris le surlendemain.
Anne-Laure, malade, reste alitée. Fred entre seul dans la salle de classe attenante à l’archevêché de Tunis. Beaucoup de femmes, quelques hommes. Les plus jeunes ont une quinzaine d’années, les plus âgés environ 70 ans. Je me retrouve entre un groupe de jeunes filles et Henri, un vieux philippin depuis trois mois à La Marsa, dans la banlieue tunisoise. Depuis 1991, le français n’est plus enseigné dans les écoles tunisiennes et de moins en moins de Tunisiens le maîtrisent. La salle de classe est assez ouverte : une quarantaine d’élèves, arabes, noirs, voilées ou têtes nues… L’ambiance est bon enfant. Les six professeurs passent d’élève à élève pour leur faire la conversation pendant qu’Anne-Thérèse au tableau fait répéter les syllabes. C’est littéralement le B.A-BA : B+A = BA.

Des élèves entrent anarchiquement. Des professeurs aussi. On s’embrasse, on se sourit, on se parle… Pour mon oeil inhabitué, ça part dans tous les sens. Une jeune occidentale arrive en retard… Mêmes rituels, elle embrasse les profs, l’un ou l’autre élève. Passe de l’un à l’autre, fait réciter un jeune garçon, montre une lettre à une dame d’un certain âge; particulièrement à l’aise… Elle arrive vers moi et me demande : « Tu es Frédéric ? » Je réponds par l’affirmative (en même temps, je n’allais pas répondre le contraire). « Je connais Anne-Laure. » Ah ? « Est-ce qu’elle n’est pas la marraine de confirmation de Rémi ? » « Oui » « Nous étions marraines ensemble. Nous étions trois ! Je m’appelle Anne-Elisabeth. » Anne-Laure doit arriver, la surprise va être grande. Quelques instants plus tard, Anne-Laure passe la tête qu’elle ne tarde pas à se prendre entre les mains. Anne-Elisabeth de même. L’émotion est là et quelques élèves regardent, un peu incrédules, cette scène de deux européennes se prenant dans les bras l’une de l’autre … C’est là-dessus que se termine le cours. Le lendemain, ce sont Anne-Thé et Zazu qui se mettront dans la peau de l’élève et apprendront l’alphabet arabe.

Rencontres tunisoises

Anne-Elisabeth, Anne-Laure, Anne-Thérèse, Anne-Fré... Frédéric tout court !

Nous discutons sur le pas de la porte. Zazu est lilloise. Nous en profitons pour refaire nos vies et celles de ceux qui nous tiennent à coeur… Nous nous trouverons d’autres points communs, notamment nos amis Kilien et Tanguy (dont elle a dessiné la couverture du livre Georges, édité par Bayard Service Edition, allez, un peu de pub en passant !) Quelle étrangeté de se retrouver par hasard à Tunis ! Mais le hasard, n’est-ce pas le déguisement que Dieu prend pour voyager incognito ? En tout cas, nous avons le sentiment qu’avec ces deux-là, une belle amitié s’est nouée à Tunis.

De même, notre rencontre avec Abderrazak Sayadi s’est dessinée sous le signe de l’amitié. Mgr Maroun nous avait vivement conseillé de le rencontrer. Ce conseil ressemblait même étrangement à une injonction… Cet universitaire collabore au Groupe de recherche islamo-chrétien, (le Gric dont avait été secrétaire le père Vincent Feroldi rencontré à Lyon). Sa spécialité ? Calvin et la réforme ! Abderrazak enseigne à l’Université de la Manouba, à l’ouest de Tunis. Nous partageons à bâtons rompus sur la Tunisie, sur les derniers bouleversements, les rapports islamo-chrétiens, la réforme, etc.

José Maria nous invite à aller à Sfax. « Il faut absolument que vous alliez voir là-bas sinon je ne vous parle plus ! C’est une autre réalité que Tunis qui est la capitale… », nous persuade-t-il. Samedi 12, nous prenons donc le train pour Sfax. José est un homme convaincant. Les chemins de fer tunisiens semblent plus fiables que leurs homologues italiens, même si ils ne sont pas très rapides… Nous traversons des oliveraies qui s’étalent à l’horizon. Le train siffle pour prévenir de notre passage et dire ainsi aux oliviers de se pousser. Trois heures plus tard, nous voici à Sfax. Nous rencontrons la communauté des pères blancs : Simon, Benoît, Jérémie, Moïse. Nous restons 24 heures sur place. C’est juste le temps de nouer des liens avec nos hôtes mais bien trop peu pour toucher du doigt la réalité de leur vie sur place, et ce d’autant plus que c’est le week-end… Ils vivent certes un déjeuner avec tous les amis sfaxiens qui le souhaitent : chrétiens, musulmans, tunisiens, subsahariens, européens… Mais c’est le mardi. Et mardi, nous devrons déjà passer en Algérie. Nous rencontrons toutefois une amie de longue date des chrétiens sfaxiens. Cette musulmane nous confie les démêlés qu’elle a vécu par le passé avec la police pour ses amitiés avec des chrétiens…
Dimanche, chargés des lettres de Jérémie pour sa famille à Ouagadougou, nous repartons pour Tunis, contents de nos rencontres, mais frustrés de n’avoir eu que 24 heures à consacrer à Sfax la laborieuse. Leçon à retenir pour le reste du voyage : ne jamais consacrer moins de deux jours (voire trois), à une destination. Et tant pis si nous ne pouvons pas tout voir…

Nous avons déjà grappillé une journée où nous profitons de la mer à Sidi Bou Saïd et son Café des délices où nous ne retrouvons pas Patrick Bruel. Il est temps de partir pour l’Algérie… Et l’aventure nous attend !

La bonté habite au numéro 2 de la via dei Porthogesi

Assise se réveille dans la brume, encore hagarde du monde qui aura arpenté ses rues. Un lendemain de fête où les têtes et les coeurs sont à la fois légers et étourdis des souvenirs du moment vécu… Nous croisons, ça et là, des pélerins de la veille dont il nous semble qu’ils partagent le même état d’esprit. Ils nous sont encore étrangers, mais nous avons le sentiment, doux, d’avoir partagé quelques instants une commune destinée.
Mais il nous faut  passer à l’étape suivante. Rome nous appelle ! Après un trajet de train, sans souci cette fois, c’est au tour d’Atac, la compagnie de bus romaine, de travailler notre patience. Inès, rencontrée à Assise, nous a mis en relation avec Emeric et Yen-Thu, un couple de Français fraîchement installé à Rome avec leurs trois enfants, Lucie, Louise et Jean. Mais le bus 70 qui doit nous mener jusqu’à leur appartement n’arrive pas. N’arrive pas. N’arrive pas… Il nous faut presque deux heures pour arriver chez eux, là où une bonne marche à pied nous y aurait conduit en 30 minutes. La prochaine fois, nous prendrons le pédibus !
D’ailleurs, Rome, nous l’arpenterons en long, en large et même, parfois, en Trastevere (l’un des quartiers de Rome)… Nous ne nous sommes pas pesés avant notre départ, mais au bout de huit jours dans la capitale italienne, nous sommes persuadés d’avoir perdu quelques kilos. Et ce malgré les pizzas, les gnocchis et autres pasta ! (J’entends des rires moqueurs disant que nous avions de la marge !)
Fresque de Santa-Maria di TrastevereÉvidemment, il serait criminel de ne pas rester quelques jours à Rome sans profiter des merveilles que la ville nous offre ! Pas la peine de dépenser des fortunes dans la visite de musées, qui sont sûrement très bien aussi : la ville entière est un musée à arpenter et chaque église témoigne d’une époque…
Le top 3 de Fred : Santa Maria di Trastevere et sa mosaïque magnifique ; Santa Maria in Cosmedin ; les fontaines à tous les coins de rue.
Le top 3 d’Anne-Laure : la vue sur Saint-Pierre de Rome depuis chez Agostinho ;  le forum et le Colisée en arrière-plan ; le campanile de Santa-Maria in Cosmedin.

Avec Mgr Agostinho Borges, recteur de la paroisse des Portugais à Rome.Nous passerons la majorité de notre séjour à la paroisse des Portugais. Mgr Agostinho Borges, le recteur, nous ouvre les portes d’un petit appartement en plein coeur de Rome, à deux pas de la place Navone. Il n’est pas bavard, un peu timide et nous ressentons le malaise des voyageurs demandant le gîte. Pourtant, au fil des jours, l’amitié va, naissante. Et lorsqu’il nous faudra le quitter, ce sera avec une réelle tristesse. Agostinho nous étonne par son goût des arts. En huit jours à Rome, nous aurons assisté à deux concerts et un vernissage d’exposition dans son église !
Nous profitons d’être à Rome pour étudier le regard que porte l’Eglise catholique sur les autres religions. Pour cela, nous rencontrons deux instituts de formation travaillant sur l’islam et le judaïsme : le Pisai et le Centre Cardinal-Bea. Vous pouvez retrouver l’interview de leurs directeurs respectifs, les pères Miguel Ayuso et Philipp Renczes. Nous échangeons également avec le P. François Bousquet, nouveau recteur de Saint-Louis des Français, et éminent spécialiste du dialogue interreligieux. Nous y restons les quelques derniers jours de notre séjour romain. A Saint-Louis, nous faisons (déjà), une première pause française en profitant des séminaristes qui y résident ainsi que de certains paroissiens, notamment Brigitte et Philippe qui nous accueillent pour un repas très familial. Brigitte, retournant en France, nous permet d’exfiltrer notre appareil photo, défectueux…
Il faut partir et laisser notre ami Agostinho. Notre voyage est une histoire de rencontres et de séparations.
Déjà la suite du périple nous appelle et avec elle, l’incertitude de ce que nous vivrons. En Tunisie.

Rencontre avec le P. Philipp Renczes, directeur du Centre Cardinal-Bea

« Passer à une réflexion qui prenne en sérieux l’avenir »

 
Pas très loin de la fontaine de Trevi, une place de Rome accueille l’Université pontificale grégorienne. La Grégorienne voit défiler des étudiants du monde entier, le plus souvent voilées ou en col romain, voire en soutane comme Marc-Olivier de Vaugiraud. Ce jeune prêtre, ancien chef scout de Fred et ami de la famille, nous introduit dans les arcanes de cette institution prestigieuse.
Nous prenons rendez-vous avec le père Philipp Renczes. Ce jésuite est le nouveau directeur du centre Cardinal-Bea pour les études hébraïques, passerelle entre l’Eglise catholique et le monde juif.
 
Ce centre porte le nom du cardinal Bea. Qui était-il?

Il y a une tradition de la compagnie de Jésus (NDLR: les Jésuites) vis à vis des juifs. Cette tradition s’est exprimée fortement au moment du nazisme. Des jésuites en Allemagne, en Belgique, en France ont pris des positions dangereuses à l’époque. Avant d’arriver à Rome, le cardinal Bea était provincial de 1921 à 1924, à l’époque de la montée du nazisme et de l’antisémitisme. Il a alors pris des positions assez fortes, avec un groupe de jésuites, dont certains ont leurs noms à Yad Vashem1.

C’est lui qui a insisté pour avoir une prise de position sur les juifs à l’occasion de Vatican II …
Cardinal Bea

Oui. Il était un grand ami et un conseiller de Jean XXIII. Jean XXIII voulait opérer un changement: c’était avant Vatican II. La première chose était de changer la prière du Vendredi Saint. Nous étions en 1958.
Jean XXIII a demandé au cardinal Bea de préparer un document qui regarde le judaïsme. Il y a eu une fuite dans la presse et ça a commencé à faire un bruit énorme. Dans les pays arabes, les chrétiens, les évêques ont pris peur. Nous étions juste après la création de l’état d’Israël.
Le quatrième paragraphe de la déclaration Nostra Aetate regarde le peuple juif. C’est une rédaction directe du cardinal Bea. Mais, au-delà de ce texte, il a réussi à convaincre les évêques, les juifs, surtout américains et toutes les parties prenantes. Ce texte est déjà un certain compromis. On y parle de toutes les religions. L’idée de départ était parler du judaïsme uniquement. Peut-être était-ce le prix à payer pour avoir ce document. Mais peut-être était-ce le fruit de l’Esprit Saint! (rires)
Jean XXIII a établi le secrétariat pour l’unité des chrétiens et les juifs. Ce secrétariat est devenu le Conseil, pour le dialogue avec les autres confessions chrétiennes et les juifs. C’est un véritable tournant dans la vision de l’Eglise catholique sur les juifs. D’un point de vue théologique, il est intéressant de constater que les juifs sont considérés dans ce Conseil-là. Encore une fois, c’est l’œuvre du cardinal Bea qui fut le premier secrétaire de ce Conseil.

Comment est-ce perçu du côté juif d’avoir cette relation particulière avec l’Eglise catholique?

Je pense que les juifs sont heureux que nous n’utilisions pas le mot « mission ». Mais peut-être ne se rendent-ils pas compte de la portée de cette démarche.
Les juifs veulent une affirmation claire vis-à-vis de toute forme d’antisémitisme. C’est un billet d’entrée pour être en relation avec eux. Toute démarche de conversion est un billet de sortie.
Il y a aussi évidemment toujours des juifs qui voient l’Eglise catholique comme un adversaire. Mais comme ils constatent notre travail sur l’antisémitisme et qu’on ne fait pas de conversion, ça va.
Il y a une certaine pression de l’extérieur de vouloir parler de la politique israélienne. Nous essayons de ne pas en faire un tabou mais c’est un sujet sensible. Si j’ouvre une plateforme; un forum sur ce sujet, les juifs se retireront. Ils sont reçus ici comme ce qu’ils sont. C’est-à-dire pas forcément comme responsables de la politique israélienne.

Quels sont les liens concrets avec les autorités juives ?

Il y a un lien institutionnel très fort. Le centre a été créé en 2002, il est donc assez jeune. Le Saint-Siège a décidé d’établir à l’Université grégorienne un institut permanent d’études et de recherches sur le judaïsme. Les bienfaiteurs qui ont permis l’ouverture de ce centre ont créé en même temps un centre équivalent dans l’Université hébraïque de Jérusalem, l’institution la plus prestigieuse de Jérusalem. Chaque année, de ce centre pour les études du christianisme, un professeur vient au Centre Cardinal-Bea, et inversement. Il y a aussi des échanges d’élèves. C’est le seul centre en Israël, la seule institution hébraïque où il y a des études sur le christianisme. Actuellement, nous avons deux étudiants juifs qui viennent faire des études sur le Nouveau Testament…
Du point de vue théologique, il est intéressant que nous allions à l’école auprès des juifs. Nous nous laissons juger académiquement par des juifs. Nous avons le devoir de connaître l’interprétation juive de l’Ancien Testament.
Les deux parties accueillent de l’autre. Pour nous c’est plus facile. Nous n’avons pas de problème pour accueillir un professeur juif. A Jérusalem, ça a pu être plus compliqué. Avoir auprès des propres institutions israéliennes, un professeur chrétien, est un geste très fort.

Le judaïsme est un monde « éclaté », divers. L’Eglise catholique donne une ligne directrice. Est-ce que cela se ressent dans vos relations avec l’université de Jérusalem?

Il n’y a pas de magistère dans le judaïsme. Que l’objet de ces échanges soit les études rend les choses possibles. Ce serait certainement difficile si cet échange devait déboucher sur des documents officiellement reconnus. Mais l’idée d’étudier est accepté. Les études sont un signe distinctif du judaïsme. Le judaïsme est issu de la destruction du temple et s’est centré sur les études. C’est une école. On y garde un très grand respect vis-à-vis de toute forme d’études. Un échange académique comme le nôtre est bien accepté…

Les relations avec le judaïsme est quelque chose d’évident au Vatican ? Ou y a-t-il encore des tabous ?

Je crois que c’est bien que nous existions! Il y en a besoin des deux côtés, besoin de se connaître, de se parler. L’Eglise catholique regarde beaucoup vers le haut. Les derniers papes, mais surtout Jean-Paul II, et avec Benoît XVI ça continue, ont un regard très fin sur le judaïsme. ça nous donne une grande force et une grande liberté. Il y a souvent plus d’encouragement de la part des papes qu’au niveau de la base. L’Italie n’est pas le pays le plus évident… En France, à Paris, avec Lustiger, il y avait certainement une sensibilité beaucoup plus développé. Ici, c’est assez étrange, plus marginal.

Peut-on parler de judéité de l’Eglise?

Je pense que, peut-être, c’est l’un des thèmes actuels. On a insisté sur l’origine commune : l’Ancien Testament. De plus en plus, on devrait maintenant passer à une réflexion qui prenne en sérieux l’avenir. Et donc le présent qui n’est pas autant conditionné par le passé que par l’avenir vers lequel nous sommes appelés. L’espoir eschatologique est le même : la venue du Messie. Il y a quelque chose d’essentiel, en nous, qui est juif. Mais, donc, pas vu uniquement comme quelque chose qui vient du passé mais quelque chose qui nous lie et nous lance vers l’avenir. Nous marchons dans la même direction…

Vous sentez une différence de mentalité entre un étudiant qui arrive et un étudiant qui ressort du centre Cardinal-Bea?

J’espère bien! Je viens de prendre mes fonctions, en septembre. Mais j’enseigne ici depuis 10 ans, à la faculté de théologie de la Grégorienne. Les étudiants sont à la recherche d’un contact authentique avec leur foi. C’est presqu’un discours inconscient. Ils recherchent et ne trouvent pas assez de réponses dans la théologie… C’est pour ça qu’ils arrivent ici…

Ils cherchent des réponses dans des racines juives ?

Vous êtes encore dans le passé (rires). Peut-être qu’ils ressentent que, dans la théologie, il y a quelque chose qui a été caché à eux, ce n’est pas assez explicite. Alors ils arrivent ici. En quelque sorte, ils ont déjà un peu changé lorsqu’ils arrivent ici. Peut-être ce sont des étudiants un peu sensibles, un peu plus en recherche que des étudiants lambda !

1. Le mémorial de Yad Vashem est un mémorial israélien à Jérusalem, en mémoire des victimes juives de la Shoah perpétrée par les Nazis pendant la Seconde Guerre mondiale. Des personnes qui ne sont pas de confession juive sont également honorées à Yad Vashem : les « Justes parmi les nations ». Ils ont sauvé des Juifs pendant la guerre, souvent au risque de leur vie.

Rencontre avec le P. Miguel Ayuso, directeur de l’Institut pontifical d’études islamiques (Pisai)

« Il faut faire le pas de la connaissance de l’autre »

Le père Miguel Ayuso est espagnol et membre de la congrégation des Missionnaires comboniens. Arrivé à l’Institut pontifical d’études islamiques (Pisai) comme professeur invité, il y est resté comme directeur. Il avait déjà fréquenté ces murs en tant qu’étudiant avant de partir vingt ans en Egypte et au Soudan. Cet homme doux et affable nous reçoit dans son bureau de Trastevere…
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Pellegrini della verita, pellegrini della pace

Nous y voilà. C’est l’événement historique d’Assise. Nous nous rendons à Santa Maria degli Angeli, premier lieu de rencontre de la journée. Sur la route, des enfants patientent, drapeaux vaticans en main, nous rappelant nos petits amis de l’école Saint-Jean de Tourcoing. Devant la basilique, nous grapillons deux places au premier rang, comme des pélerins ordinaires. C’est à ce moment-là qu’Inès nous retrouve et nous donne deux pass. Nous allons vivre cette journée symbolique aux premières loges ! Merci Inès!

Dans la basilique, les délégations défilent. Le monde s’est donné rendez-vous à Assise sous nos yeux émerveillés. Le noir des monsignori catholiques lelitranche avec les couleurs vives des autres représentants.

« Vous ne remarquez rien? », lance Benjamin. « ça manque de femme, non? » Effectivement, sur la centaine de délégués, les femmes se comptent sur les doigts d’une main, dont une majorité représentant les traditions orientales et Julia Kristeva, intellectuelle française d’origine hongroise représentant les athées.

Il est intéressant de constater que nos trois jeunes amis de Coexister sont en questionnement par rapport à leur engagement: quelle place laisser à la communication ? Quelle place pour vivre à fond les moments proposés ? Comment garder un équilibre? Pour Samuel, on peut vivre à fond un événement en communiquant un maximum. Il nous le prouve pendant le discours des dignitaires religieux en twittant sans cesse, permettant à ceux qui suivent ses twitts ou ses statuts Facebook de vivre avec nous l’événement.

Plusieurs délégués viennent faire part de leurs réflexions sur le thème du jour : « Pélerins de la vérité, pélerins de la paix. »

Nous retiendrons particulièrement celle d’Olav Fykse Tveit, représentant le protestantisme. Il a insisté sur la place des jeunes et le rôle symbolique de Jérusalem: « Ce que François d’Assise a accompli entre 20 et 30 ans doit nous rappeler l’importance que les jeunes doivent avoir et peuvent avoir ensemble dans nos communautés de foi et dans la société. »

Beaucoup ont insisté également sur la place de l’environnement. Parmi les mots qui sont beaucoup revenus, « justice et paix » figurent en bonne place.

Nous ne comprenons pas tous les propos, mais les costumes, les langues et les traditions de chacun nous font voyager.

Alors que les dignitaires s’isolent pour méditer, le reste des pélerins est invité à marcher pour la paix vers la basilique Saint-François C’est une véritable ascension, comme doit l’être tout pélerinage nous a rappelé le matin même le rabbin David Rosen.

Sur ce chemin, le salut nous est venu d’un juif. Benjamin, avec Inès et Samuel, nous redonnent leurs badges, une fois qu’eux sont passés, pour que nous traversions les barrages. Solidarité interreligieuse en acte!

Nous constatons tristement que 95% des pélerins sont italiens. Le pourcentage de catholiques est a fortiori plus élevé encore! La diversité religieuse est plus représentée chez les dignitaires. Cela conduira, selon nous, à une petite faute de goût. Alors que les principaux dignitaires arrivent sur la place Saint-François pour le dernier moment de la journée, la foule réclame et acclame: « Benedetto! » ignorant les autres chefs religieux. C’est la limite d’organiser ce genre de rencontre en pays catholique. Mais sinon, où?

Anne-Laure, intrépide, s’est faufilée au premier rang pour filmer le défilé coloré des chefs religieux. C’est le blanc qui arrive en tête. Benoît XVI serre des mains à tour de bras. Anne-Laure n’y manque pas et, après Jean-Paul II, complète sa collection de rencontres papales. Anne-Laure 2, Fred 0.

Nous accompagnons nos amis de Coexister à la gare. Quatre kilomètres à pieds,en montant, en descendant, ça use, ça use… Etre pélerins de la vérité et de la paix exige d’avoir de bons mollets !

Cette journée a pris tout son sens et son relief parce que vécue avec nos amis de Coexister. Merci Inès, Samuel, Farah et Benjamin pour ces moments partagés!

Le lendemain, nous profitons d’un peu de répit pour arpenter Assise. Au détour d’une ruelle, par hasard, nous tombons sur Santa Maria delle Rose. Là, une exposition permanente autour d’une magnifique sculpture de la Vierge nous émeut. Tout à la fois enceinte, portant l’enfant et colombe de la paix, cette sculpture tient dans la main. Nous avons une pensée pour ces neuf mamans en devenir que nous portons particulièrement dans nos coeurs et nos prières. Elles se reconnaîtront 😉 Nous pensons aussi à nos mamans et à la petite Manon, filleule d’Anne-Laure qui vient de voir le jour du côté de Bourges…

Mange, prie, aime

26 octobre 2011, 18h44: Assise. Comment est-il possible au vu des dernières 36 heures que nous n’ayons que quatre heures de retard sur le programme?Après tant de galères, nous nous réjouissons de retrouver sur le quai de la gare d’Assise trois membres du groupe Coexister, que nous avions, pour certains déjà croisés en France. Avec eux, Inès, qui travaille pour la pastorale des jeunes du diocèse de Paris.

De nuit, la ville est magnifique et nous sommes heureux d’être arrivés dans les temps pour vivre la rencontre tant espérée du 27 octobre,

Nous nous attablons avec nos amis chrétiens, juif et musulmane. Comme le dit Samuel, « Coexister est le mouvement interreligieux des jeunes, et dedans, il y a ‘jeunes’ ». Les blagues fusent… Desproges disait: « On peut rire de tout mais pas avec n’importe qui. » Apparemment, nos amis de fois différentes ne sont pas n’importe qui!

Après le repas, nous prenons la direction de S. Rufino, l’une des nombreuses basiliques d’Assise. Nous n’y restons que peu de temps car la célébration est en italien et purement catholique ! Pourtant, ce moment est symbolique pour nous. C’est la première fois que nous entrons dans une église avec un juif et une musulmane.

Farah, Samuel et Benjamin à Assise...

L’après-midi même, avec eux, nous aurions dû entrer dans une synagogue mais les retards de train nous ont empêché de vivre une anecdote croustillante : pour entrer dans la synagogue, c’est Farah, musulmane, qui a offert à Samuel, chrétien, la kippa juive. C’est aussi ça, le dialogue interreligieux!

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Trenitalia nous apprend la patience

De Cannes, nous prenons le train pour Pise via Vintimille et Gênes. Mais notre trajet s’est révélé bien plus bancal que la tour… Nous savions qu’en voyangeant neuf mois, nous allions devoir passer à un autre rythme, que le temps du voyageur n’est pas le temps du citadin. Nous croyions que nous connaîtrions ce premier décalage en Tunisie, premier contact avec un pays non-occidental. C’était sans compter sur l’Italie et ses chemins de fer dont la désorganisation n’a d’égal que la tempête qui sévit ces jours-ci. En correspondance à Gênes, nous voilà bloqués dans la ville de Christophe Colomb. Après avoir envisagé de prendre un train pour Rome, nous devons y renoncer. L’ensemble du réseau ligurien est paralysé par des pluies torrentielles. Il est minuit, nous nous mettons en quête d’un endroit où dormir. Tous les hôtels aux abords de la gare ont été pris d’assaut. Nous trouvons finalement une chambre à un prix déraisonnable. Mais une heure du matin n’est plus une heure pour raisonner… Le lendemain, cela ne va pas beaucoup mieux. Nous trouvons un train pour Pise. Mais au lieu de mettre les deux heures habituelles, il en met presque six. Sans compter qu’il quitte Gênes avec presque deux heures de retard! Nous voici donc dans notre compartiment avec Mohamed, frère de galère, à prendre notre mal en patience et à nous acclimater au rythme du voyage. Notre seule hantise est de ne pas arriver ce soir à Assise où les soeurs nous attendent et où nous devons retrouver Samuel, Benjamin et Farah, de l’association Coexister et dont nous espérons filmer le séjour dans la ville de François. Parma, Emilia, Bologna, Prato, Torontola… Les villes italiennes s’égrennent en un interminable chapelet dont le final est Assise. Sans carte, nous avons du mal à imaginer le détour que nous faisons. Sentiment désagréable que celui de se laisser mener et auquel il faudra bien s’habituer au fil de nos mois de pérégrinations…

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